L’INSTITUT BENJAMENTA

De: Robert Walser
Adaptation et mise en scène: Frédéric Garbe
Avec: Guillaume Mika

Image Bird Nocturn, Ludovic Debeurme

Un jeune homme, Jacob Von Gunten, intègre une école pour devenir serviteur. Auréolé d’une prestigieuse réputation et d’un glorieux passé, l’institut Benjamenta, semble aujourd’hui sur le déclin, comme atteint d’un mal mystérieux.

Les professeurs sont endormis et les élèves répètent leurs exercices comme des automates. Les pensionnaires disparaissent, quittant un à un l’institut.
Cette école est dirigée par M. Benjamenta, colosse mystérieux, autoritaire et effrayant, et par sa jeune soeur, Mlle Benjamenta qui exerce une grande fascination sur les élèves.
Avec ses camarades de classe Jacob va faire l’apprentissage de son métier de serviteur, entre abnégation et révolte.

Spectacle pour un comédien et une machine

Ecrit en chapitres, dans la forme courte que développera Walser, le récit est entrecoupé d’ellipses, créant une temporalité énigmatique et donnant au « hors champ » et à l’imaginaire une place de choix.

Jacob est épris de cette école et la rejette tour à tour. Comme un espion, il épie, et tente de percer les secrets de l’institut. Il subit autant qu’il aime cet emprisonnement.
Il vient faire le rapport de ce qu’il a vu, vécu et compris de l’institut et fait état de sa propre mutation, de ce que l’institut fait de lui. Il se considère plus intelligent, plus fort, plus sensible que les autres élèves et en tire une supériorité. Et dans le même temps, il admire ses camarades, leur abnégation, leur soumission qui fait d’eux des héros à qui il voudrait ressembler. Vouloir ne plus rien vouloir, ne plus rien attendre.
L’institut est comme une machine à fabriquer des serviteurs et à tuer les individualités pour faire de ces jeunes garçons des soldats dont la servilité sera absolue.
De cette machine nous apparaissent comme dérobées des images, des silhouettes, des présences.

Entre rêve et réalité, ce qui est à l’intérieur de l’institut est opaque, comme dans un songe ou une hallucination et les images qui nous en parviennent sont volontairement floues, prégnantes et oniriques.

Les personnages

Monsieur B. a tout de l’ogre des contes de Grimm ou d’Anderson. Directeur de cet institut, il incarne une figure paternelle ambiguë tour à tour violent, mystérieux ou étrangement tendre.
Mlle B. incarne la fée des contes, seule figure féminine, elle est la soeur, la mère dont la bonté et la douceur viennent créer le contrepoint de son frère.
Les professeurs, absents ou endormis, contribuent à créer une ambiance d’irréalité.
Les camarades, Pierre, Fritz, Shultz, Fuchs, Kraus, Hans, Tremala, Schilinski et Schacht sont les frères, ceux à qui on veut ressembler et dont on veut s’émanciper en même temps.

C’est dans ce schéma, avec ces figures, maternelle, paternelle, et cette fratrie que se construit le jeune Jacob.

La machine

La machinerie scénographique est autonome, constituée de portes, de fenêtres, de trappes.
Elle est la partie visible de l’institut. Les images, les sons et la lumière nous parviennent de l’intérieur de la machine et sont comme volés à l’obscurité de l’institut.
À une époque où tout est dit, expliqué, montré, je voudrais travailler ici sur le mystère, le non-dit, ce qui se dérobe, se cache, s’aperçoit ou se devine : considérer le hors-champ comme le lieu du drame.
Le personnage de Jacob sera celui qui plongera puis s’extirpera de cette machine infernale et fascinante pour venir nous livrer ses mystères.

Jean-François Garraud. Scénographie

Yann Lasserre. Vidéo

Création 2019-2020

Production en cours